LI CHEVALIER

LI CHEVALIER

Luc Ferry répond à Guillaume Durand sur le sens de l'art contemporain

 
 

Luc Ferry, le philosophe, Il répond,,, à Guillaume Durand sur le sens de l'art contemporain ....

 

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6 Fev. 2014  -Chronique Figaro

 

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2014/02/05/31006-20140205ARTFIG00281-luc-ferry-sur-la-fin-de-vie8230-et-l-art-contemporain.php

 

".....Post-scriptum. Qu'avais-je dit en suggérant qu'un frigidaire posé sur un coffre-fort ou une auto à laquelle on fait faire un tonneau, même signée Lavier et vendue 250.000 dollars, relevait davantage de l'imposture que de l'art? Les gardes rouges du modernisme s'en sont émus, mon camarade Guillaume Durand en tête, qui a revêtu son armure pour défendre son ami Lavier. Il s'est lancé ici même, sans me prévenir ni m'inviter à débattre (petite surprise pour entretenir l'amitié?), dans une psychanalyse sauvage de mes rapports à mon pauvre père (qui n'en demandait pas tant), suivie d'une longue diatribe un peu délirante (ça fait partie de ses charmes) où Zola côtoie sans motif apparent Baudrillard et Heidegger, le tout sans aucun lien, même lointain, avec mon argumentation.

 

 Je la rappelle donc brièvement (eh oui, bêtement, j'essaie toujours d'argumenter): je n'aperçois dansla Ferrari cabossée par Lavier aucun des trois éléments qui constituent une œuvre d'art. Aucune innovation véritable, mais la répétition paresseuse d'un geste que Duchamp avait déjà inauguré il y a plus d'un siècle ; aucune beauté non plus: la Ferrari en avait plus avant qu'après, en quoi les artistes ne sont pas forcément ceux qu'on croit, plutôt les stylistes géniaux de Modène que les stars prétentieuses de la Fiac ; enfin, pas le moindre embryon d'intelligence, aucune idée, hors quelques poncifs consternants sur l'«impermanence» et la «vanité des possessions». Dans cet art capitaliste, «schumpétérien», qui épouse servilement les mouvements du marché, seul le prix impressionne. Or, contrairement à Guillaume, ça me laisse de marbre. Cézanne, Ravel ou Verlaine n'étaient ni vendus ni vendeurs. Leurs œuvres n'en avaient pas moins autrement plus de sens, d'originalité et de beauté qu'une bagnole amochée pour faire l'intéressant.

 

Au reste, dire que je «déteste» l'art contemporain est risible. J'admire Bacon, Kiefer, Richter, Garouste, Li Chevallier (dont je vous conseille d'aller voir le site), et tant d'autres. Mais, à l'inverse de mon camarade, ils ont compris qu'il ne suffit pas pour créer une œuvre de ressasser sans risque, sans charme et sans idée le geste éculé de l'innovation pour l'innovation, de la rupture pour la rupture.

 

 



09/02/2014
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