LI CHEVALIER

LI CHEVALIER

Ll CHEVALIER-L'ORIENT SATURE

L’Orient saturé

 

 

Christine Cayol Docteur es Philosophie

 

Il y a deux façons de regarder les œuvres, on peut les traiter comme des objets du monde posés devant nos yeux, que l’on peut décrire, comparer avec d’autres, exposer, acheter. On peut également sentir que l’œuvre nous donne à vivre une expérience intérieure qui la sépare radicalement du monde des objets. Le travail de Li Chevalier s’enracine dans cet horizon spirituel de la donation où ce que nous voyons se donne sur le mode de l’excès. Quelque chose opère dans ces œuvres qui sature l’espace et le visible et nous empêche de voir au sens de connaître et de maîtriser. L’œuvre alors n’est plus comparable à un objet mais opère comme un monde qui pénètre en nous et propose de nouvelles perceptions. C’est une marche dans un désert blanc, parfois certaines formes surgissent à l’horizon ou sur le sable, une croix, un signe, une silhouette, mais il ne s’agit peut-être que de mirages évanescents face auxquels nos yeux pourront se fermer. Quelque chose nous éblouit et nous maintient interdit entre deux expériences radicales désignées par deux œuvres l’Origine (2010) et l’Attente (2010). Il s’agit de se tenir au lieu même du surgissement de la vie et de puiser dans cette confusion (2009) une énergie poétique, mais il s’agit également de souffrir d’une absence et de l’annonce d’une disparition. Une anxiété travaille en sourdine dans ces œuvres, où sommes-nous ? Qu’attendons-nous ? Ne restent alors que des perceptions insaisissables et dissonantes comme une musique de Berg. Ce qui nous éblouit ici c’est le blanc. C’est lui qui travaille avec le format à produire l’éblouissement, quelque chose qui serait lié à ce que les anciens appelaient les « mysterium tremendum ». Dans cette lumière blanche qui attire et qui saisit, le couple « anxiété-contemplation » devient le pivot de l’œuvre. Comme si le « coup de foudre » qui surgit à certains instants dans nos vies avait pour inévitable pendant un sentiment de perte et d’angoisse. L’Orient traditionnellement associé à l’encre se laisse purifier ici par la craie, et nos yeux brûlent dans cette blancheur. Par là même, la question de l’influence occidentale ou chinoise n’a plus lieu d’être. Chez Li Chevalier l’Orient n’est ni montré, ni utilisé, ni stylisé, il est plutôt saturé .



27/04/2012
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