LI CHEVALIER

LI CHEVALIER

A li Chevalier

À LI

 

Jacques de Boisseson

 

 

Feuille à feuille l’automne doucement dépose Dans l’air frais, parfumé ainsi qu’un bois de rose, Le faix des souvenirs. Ainsi avec le soir Avance le lent cortège de la mémoire.

 

 

Sur le sol poussiéreux, sous le ciel gris d’ardoise, Le dos courbé, bien loin de la mystique extase, D’anonymes silhouettes, avec leurs mystères, Promènent leurs petits secrets, leurs vies entières.

 

Ces tristes existences chargées de remords Déambulent déjà à demi dans la mort. Pourtant nos regards ne nous font-il pas voir Dans ces fantômes las une lueur d’espoir ?

 

 

Où vont-ils, ces errants ? vers quelles destinées ? Pour quelle mort étrange ces êtres sont-ils nés ? Sont-ils déjà des anges ? ou encor des démons ? Et que vont-ils chercher tout au-delà des monts ?

 

 

L’espérance n’est pas dans le monde sans eau, Ni dans les arbres fins qui dressent vers le haut Leurs membres mutilés, ni dans les blancs sentiers Qui semblent n’indiquer aucun repos dernier,

 

 

Ni dans les chemins creux, entre pluie et lumière, Où le soleil poudroie, ni dans les glaciers fiers. Moi, je regarde aussi la foule s’écouler Sous mes yeux, dans ce décor nu et désolé.

 

 

Ces pèlerins de l’infini ne savent pas Que leur route est tracée et qu’ils mettent leurs pas Dans ceux des hommes qui ont souffert, larmes, sang, Hache, couteau, ciseaux, tous destins innocents…

 

 

Ils ignorent qu’ils devront eux aussi franchir Les fleuves rougeoyants avant de s’affranchir Des misères humaines, qu’ils seront sans réponses A leurs blessures béantes, leurs douleurs absconses.

 

 

Dans un coin égaré ou au cœur de la toile, Guidant le vagabond comme un mage l’étoile, La croix est là qui invite et accueille, Seul phare allumé en cette saison de deuil.

 

 

Plus solitaire encor que les ombres qui passent, Serpent dressé pour notre humanité trop lasse, Tu es là. Vie !... Plus que dans les arbres tombés Et les pierres sans âme, les montagnes bombées

 

 

Et la morne saison, plus que dans le ciel noir Et la plainte du vent, quand s’enfuit tout espoir, La vie n’est plus que dans la croix dressée, symbole Muet de salut, des horizons gris l’obole.

 

 

Parfois, d’une pierre usée, pleine de fatigue, Creuse, oubliée, surgit le sabot du prodigue ; Alors violence, sang, désespoir et malheur S’effacent devant le Père et l’amour vainqueur.



26/05/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 53 autres membres